Je suis un tueur en série

Il aura accompagné ses victimes, jusqu’à leur dernier râle, sans faillir. Plutôt que de parler de meurtre, nous parlerons d’euthanasie. Le crime, commis en Suisse, en est-il pour autant moins dramatique ?…

 

 

– Je suis un assassin, un lâche, je les ai tués… tous les deux !

Assis sur le sofa, les coudes sur les genoux, la tête entre ses mains, Nathan pleure. A ses pieds, l’arme du crime.

– ils n’ont pas souffert, chéri. Et puis Robert et Lili étaient vieux et malades. Qui peut dire ce qu’ils enduraient ? Ils n’avaient pas de famille en dehors de nous.

– C’est vrai qu’ils n’étaient pas bavards, mais ils avaient pris une grande place dans nos vies. Je suis tout émotionné.

– Ils ne t’ont même pas vu venir.

– T’es sûre ? s’exclama Nathan en levant soudain la tête. Il a envie de la croire. Sa femme sait toujours quoi dire et comment faire. Mais là, le ton d’Emma manque de conviction et il n’est pas dupe.

– Nath, il faudrait tout de même en parler à quelqu’un. C’est la troisième fois… Ce n’est pas la bonne méthode. L’an dernier, j’ai cru que Léon ne rendrait jamais son dernier souffle. En même temps, le coup du stylo plume dans l’alimentation d’oxygène… c’était hasardeux !

– Et pourquoi t’appelle pas la police, tant que tu y es ! Nom de Bleu, Emma ! Arrête de remuer le couteau dans la plaie.  La preuve que, sur Internet, tout n’est pas à prendre au pied de la lettre. Je n’avais peut-être pas la bonne plume.

– Remarque, Léon, c’était pas le pire. Rappelle toi il y a 4 ans, comment il s’appelait déjà ?

– Euh… Charlie ?

– Oui c’est ça, Charlie ! Comment t’as paniqué !

– T’es dure ! J’te rappelle que c’était le premier. C’est normal que je me sois retrouvé Gros Jean comme devant !

– Premier ou pas, c’était un peu gore. J’en ai encore des frissons dans le dos.

– Cesse de faire la bobette Emma, en même temps, c’est toi qui tenais le chronomètre. C’est de ta faute si tu as injecté la benzocaïne 30 secondes trop tard ! Il aurait jamais dû être conscient avant que je lui tranche la gorge !

– Arrête ! J’en fais encore des cauchemars ! grimace Emma en rejoignant Nathan sur le canapé.

Silencieux, ils se remémorent la scène quelques instants plus tôt. Lili, qui s’est éteinte la première. Overdose mortelle d’eugénol. Son enveloppe charnelle n’avait pas résisté. Comme la Belle au bois dormant, elle semblait pousser un clopet en attendant le baiser de son Prince. Il ne viendra pas.

Mais Robert ! Robert c’était autre chose. Les yeux exorbités, il avait cherché l’air tandis que l’eugénol contenu dans l’huile essentielle de clous de girofle tout doucement l’anesthésiait. Robert avait d’abord perdu l’équilibre, il avançait tout de bizingue puis atteint d’hypoxie, il commençait à cyanoser. Pris de panique, Nathan avait alors transporté les victimes dans le congélateur et vite refermé la porte derrière elles. Il avait attendu plusieurs heures avant de s’assurer que le couple s’était définitivement endormi.

– Et ça, on en fait quoi ? interrogea Nathan en poussant du pied le flacon de poison.

– J’en sais rien. On peut le garder, on ne sait jamais.

– Tu as raison, il a sa place dans la cuisine.

Puis le silence s’installe à nouveau. Un silence pesant. Emma, la première, le rompt.

– Jo, Dieu m’est témoin que je t’aime mais ça ne peut plus durer. Je ne veux plus être ta complice. Je ne sais même plus comment on en est arrivés là. Nathan soupire.

– Et oui ma belle, pour le meilleur et pour le pire ! Quand je pense que tout a commencé il y a 17 ans quand on est partis à Anvers choisir nos anneaux.

– Ah oui, je me rappelle, l’interrompt Emma en agitant les petits diamants portés à son annulaire. On allait quitter la Belgique et il nous restait un malheureux billet de cents francs belges. Plutôt que de retourner le changer, on a préféré visiter Aquatopia avant de partir.

Je m’en souviens comme si c’était hier. En rentrant, on n’avait pas l’air ballot avec nos deux guppies dans leur sac en plastique ! On n’avait plus qu’une seule idée en tête : devenir aquariophiles.

En septembre 2008, le conseil fédéral suisse a adopté une nouvelle ordonnance pour la protection des animaux. La mise à mort des poissons d’aquarium doit se faire avec ménagement. La mort doit être indolore et soudaine.  Les éliminer par les toilettes ou les congeler conscients n’est pas permis. Les poissons d’aquarium doivent être étourdis avant la mise à mort, notamment à l’eugénol. En France, l’Ordonnance sur la Protection des Animaux est plus réservée.

Cf . http://www.news-service.admin.ch

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